Toutes les tentatives pour fuir ce"vilain monde" ou il étouffe et pour lui opposer cette patie du songe de l'âme se meut avec bonheur & agilité, tous ces voyages vers les "époques nues" ou les évasions dans un nirvâna de "correspondances" qui révèlent l'harmonie et l'unité de l'univers s'achèvent sur le retour décevant ou l'échec. Passée la griserie du départ, évanoue l'aspiration vers un "ailleur" qui révèle curellement sa similarité avec les pays quittés, les habitudes abandonnées, le poete "rouvre" ses yeux "pleins de flamme" dans "l'horreur" de son "taudis" et sent à nouveau la pointe des soucis maudits. Retombé dans la vie quotidienne, plongé à nouveau dans la marée vulgaire des humains au sein de la ville tentaculaire sur la quelle pèse le noir couvercle du ciel , le voici de nouveau confronté aux autres, à lui même, à sa condition précaire et mortelle. Il se laisse alors envahir par le spleen, frére jumeau et ennemi de l'idéal, forme courante de l'ennui féroce, du mal de vivre. Le désespoir qu'ont chanté, souvent pour s'en délecter, les poetes romantiques, rêvet , dans un siecle qui commence à ce méfier de la démesure, les formes pires du non-espoir, de l'ataraxie, de la réduction au néant. Enfermé dans sa chambre, le poete contemple les rayons de la pluie qui figurent les barreaux de sa prison. Les souvenirs qu'il égrene sont autant de cadavres des jours, des émotions, des sentiments autrefois exaltants, des amours. Son coeur est un cimetiere. Il devient lui même tout entier cimetières abhoré de la lune, granit entouré d'une vague épouvante, assoupis dans le fond d'un sahara brumeux.Il offre le spectacle de la solitude , de la déréliction, de la mort qui a triomphé de lui avant l'heure et au sein même de la vie.
Extrait de la préface des Fleurs du Mal. Baudelaire.
M.Photography